Cet album figure parmi mes préférés à vie… Par dévotion absolue à cette œuvre et au groupe qui l’a produit, ce texte fait éloge à un authentique trésor du punk rock dans sa version la plus expérimentale, j’ai nommé Allroy’s revenge de ALL.

ALL est né des cendres des mythiques Descendents, en 1987. Groupe culte (comprendre : suivi religieusement par un nombre restreint de gens), ALL est responsable de nombreuses trouvailles musicales. En fait, ALL (et Descendents) sont les véritable pionniers du son qu’on nomme désormais pop-punk. Après les succès légendaires des groupes inspirés de leur approche, ces musiciens hors-pairs, créatifs, intelligents que sont ou ont été ceux de ALL et Descendents mériteraient davantage de reconnaissance, aujourd’hui. En pleine apogée de la vague metal, les groupes punk américains de 1989 ne vivotaient alors que dans d’obscurs milieux undergound. Seule une passion authentique de musiciens déraisonnables et dévoués a permis la production d’un tel album. Sur Allroy’s revenge, maintes astuces ambitieuses et avant-gardistes, accomplies grâce à l’ingéniosité et l’habileté exceptionnelle de ses musiciens, intègre la fougue punk à des compositions autant mélodiques, expérimentale que riches d’émotions. Allroy’s revenge, d’un genre naguère relégué aux oubliettes, a résisté au test du temps et contourne tout effet de mode.

Encore, par sa verve et sa générosité musicale, ALL et Allroy’s revenge soulèvent une énigme propre au punk rock : quels sont au juste les codes et limites du punk rock? Allroy’s revenge rassemble à un mélange vitaminé de pop, rock, metal, country et rap qui dépasse la catégorisation. D’ailleurs, l’indéniable influence musicale des Beatles dans la musique populaire moderne transperce cet album. En ce sens, les 14 chansons d’Allroy’s revenge resplendissent d’une influence pop dans ce qu’il a de meilleur : par des composition autant riches que durables et accrocheuses.

Le disque
Pour apprécier le groupe ALL , l’explorateur auditif doit commencer par Allroy’s revenge. C’est le chef d’oeuvre du groupe, le pinacle artistique de leur carrière. Écouter les pièces de ALL isolément les unes des autres nuira à l’appréciation des albums, dont le sublime Allroy’s Revenge. Et avant de juger, faut écouter ça du début à la fin, plusieurs fois de suite, au moins quatre fois. Ainsi découvrira-t-on une source d’étonnantes richesses. Si d’abord vous n’accrochez pas, forcez-vous, reprennez l’écoute! recommencez encore! Prenez le temps et vous comprendrez pourquoi j’insiste tant.

D’amusant à sérieux, d’idiot à extraordinaire, Allroy’s revenge cache un fond de désespoir névrotique. Bien qu’entraînant et accrocheur, quelque chose de nostalgique et de mélancolique s’y entend. Le cynisme de l’expérience véritable (ce sont des musiciens accomplis!) supporte toutefois une oeuvre cohérente et accessible, relevée d’intelligence et d’étrangeté. Au delà d’une surface musicale rayonnante, les pièces d’Allroy’s revenge regorgent de thèmes des plus sombres : faiblesse, suicide, isolation, perdition, angoisses amoureuses (multiples), ruptures. Cette mélancolie intrinsèque se concrétise dans des timings bizarres, des tempos variés, des rythmes de surf(!), des « hooks » percutants de superbes paroles, et plein d’innommables bizarreries dont quelques harmoniques artificielles des plus insolites.

Le groupe
C’est une tradition pour All/Descendents que d’accorder une place à chaque musicien du groupe pour ses compositions, autant pour les paroles que la musique. Ceux qui connaissent leur longue carrière savent reconnaître les touches personnelles de l’un ou l’autre des membres. Partant de ce fait, chaque instrument audible sur Allroy’s revenge mérite d’être écouté isolément, tant l’inventivité s’y étale de façon inusitée :

1. Au delà de la fonction habituelle de l’instrument, les lignes de basse de Karl Alvarez brillent de diversité. Toujours les notes s’agitent à fond de train, aux quatre coins du manche. Une chanson de Frenzal Rhomb (sur l’album paru en 2011) est dédiée à ce bassiste aux lignes chargées, amusantes et mélodiques.

2. Guitariste fou, disjonté et hyperactif, Stephen Egerton sait autant soutenir le groupe, par accords recherchés, judicieux, mis au service des compositions, que s’exhiber par d’impitoyables solos. Producteur-réalisateur de l’album aux côtés de Bill Stevenson, le guitariste psychotique intègre à merveille sons angulaire et twistés, étranges solos atonals, distortions nasales et autres signes d’une saine fêlure mentale.

3. Sur Allroy’s revenge, la voix claire et nasillarde de Scott Reynolds se reconnaît entre mille. Bien à l’avant et ultra-mélodique, d’un registre limité mais bien employé, ce mec incarne pour moi le chanteur idéal : franc, direct, voué à la mélodie, expressif sans abus.

4. Bill Stevenson, seul musicien présent depuis les tout débuts du groupe (depuis 1978 avec Descendents), batteur incomparable et co-réalisateur de l’album, détonne sur Allroy’s revenge. Avec ses rythmes de surf, des bons vieux beats punk, de nombreux et d’indescriptibles raffinements subtils, une bonne dose d’enthousiasme et de nombreux soupçons de jaz, ce batteur a un registre autant unique qu’éblouissant.

Revue rapide des chansons

Gnutheme : Chouette introduction instrumentale, à la fois amusante et enjouée. Lyrisme mélodique sans paroles. Le ton de l’album est donné !

Fool : Fraîche ouverture d’album, pleine d’éclat. Sur un ton joyeux, le thème n’en demeure pas moins cynique : on traite du ridicule de de la séduction.

Check one : Pièce courte de transition. Réflexion philosophique succincte.

Scary Sad : Histoire d’une fille violée, dépossédée de son corps qui s’est finalement suicidée. Meilleure pièce de l’album?? Émotif et poignant pour vrai.

Man-o-Steel : Paroles en résumé : si un jour je sors de ce trou, je deviendrai un homme de fer. Vite et mélodique : parfait!

Box : Satire dérangeante sur les ermites chambreurs pathétiques, de plus en plus nombreux dans les villes modernes…ma vision de L.A. par un soir d’après-midi.

Copping Z : Originale mais percutante, cette pièce contient rythmes saccadés (punch) et accords inédits en plus d’un solo d’une folie rare! Qu’est-ce qui m’attends pour les années à venir? ne devrais-je pas dormir des journées entières plutôt? Une de mes pièces préférées du disque…

Hot rod Lincoln : reprise d’une pièce de 1955 enregistrée par Charlie Ryan and The Livingston Brothers. Country rock désopilant.

She’s my ex : Exemple parfait d’auto-flagellation après rupture amoureuse…
On aime ou pas cette pièce pop-rock,qui n’a jamais gravi de palmarès mais qui aurait facilement pu devenir populaire.  Brillante composition pop qui reste en tête et se fredonne à merveille!

Bubble gum : La musique exprime avec perfection les paroles de cette chanson, pour un résultat expérimental mais authentiquement pop punk. (oubliez à jamais Simple plan)

Net : Pièce romantique, lente, lourde et profonde. Bien travaillé et magnifiquement orchestré.

Mary : Pièce d’amour obligatoire d’un disque? Mélancolie d’une fille qui ne regarde même pas le gars qui délire pour elle d’un amour introverti et stupidement romantique. L’intro accrocheuse fait de cette pièce l’un des moments forts de l’album.

No traffic : Quand j’écoute ça, un vent de liberté me traverse, comme si je partais en automobile décapotable sur la grand route, sous le soleil d’un ciel bleu resplendissant.

Carnage : As-tu perdu toute sensibilité? Les rêves romantiques ne peuvent exister à tes côté car ton comportement frivole ont détruit les possibilités d’un avenir simple et joyeux. Petit chef-d’oeuvre de conclusion d’album intense et captivant.

En conclusion, Allroy’s Revenge restera un chef d’oeuvre qui passera les époques. (à condition qu’on écoute encore des albums dans le futur!) Tous les amateurs de musiques authentiques devraient prendre le temps d’apprivoiser ce disque. Si vous n’êtes pas d’accord, réécoutez et tentez de comprendre… ALL est un groupe sensationnel qui mérite plus. ALL! No ALL!

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