Écrit en 2002, ce texte était d’abord  destiné au site Metal Universe (devenu MusicUniverse). Je le republie ici pour conserver une archive de tous les textes que j’ai rendus publics.
Initiateurs divins (démons suprêmes) du thrash métal européen dès la fin des années 80, déclencheurs du renouveau du thrash dans les années 2000 avec le très bon album album retour « All Hell break lose« , Destruction lançait en 2001, The Antichrist.

Dès la courte introduction parlée, un avertissement nous met sur nos gardes:

« …Feel the Antichrist… ».

…pour nous lancer dans Thrash ’til death, une pièce traditionnelle par sa structure et son refrain accrocheur, qui s’impose telle une déflagration collossale, corrosive et efficace. L’enchaînement avec Nailed to the cross clouera ensuite l’auditeur de façon définitive. Dans un chaos logique, où les tempêtes de guitares strangulantes déferlent sur de savants arrangements, il découvrira une violence musicale extrême, aiguisée, pure.

Bientôt, l’impression délicieuse d’être assis sur une chaise électrique s’emparera de ses sens de plus en plus aguerris. Tous ces sons ne peuvent émerger que de la souffrance ou la damnation éternelle… cet album contiendrait-il le véritable antéchrist?…!! iAAAaaaahhh!!!

Dictators of cruelty poursuit l’album sur la même lancée: un riff de guitare qui reste en tête, une voix enragée, une montée d’intensité jusqu’au cri « Dictators of crueltyyy.. » Destruction prouve alors son haut savoir-faire sur le plan technique.

Avec la cinquième pièce, quelques Bullets from hell nous atteindront de plein fouet, dans un chef d’œuvre teinté de Punk où Lucifer même semble nous canarder de ses plombs attisés et explosifs. Strangulated Pride solidifiera ensuite la sensation d’un survoltage maintenu. Ce n’est qu’avec Meet your destiny, noeud crucial de « The Antichrist« , que l’on reprendra quelque peu notre souffle: désormais, nous nageons dans un cauchemar d’une chambre à torture, prisonniers de l’impitoyable réalité, lente autant que souffrante, lancinant autant que nécessaire.

De pièce en pièces, The Antichrist prend une ampleur inattendue, révélant les véritables incarnations musicales de la malédiction et l’agonie, qui s’enchevêtrent dans nos esprits peu à peu dérangés.

« Welcooome…to this nightmare!… »

Ceci nous conduira jusqu’en des territoires sombres autant que mystérieux: auprès des Creations of the underworld. Originale dans sa structure et son atmosphère, complexe, rapide et dense, cette ingénieuse composition typiquement thrash nous dévoile clairement la trame de fond de The Antichrist, trame qui deviendra de plus en plus évidente jusqu’à la fin de l’album: celle d’un dévouement absolu envers l’extinction totale des dieux, des religions et des hallucinations collectives qu’elles invoquent. Tel le Godfather of slander, archétype des menteurs et oppresseur par excellence d’un christianimse victimisant, ceux-ci ont créé l’enfer de nos plus épouvantables souffrances, dans lequel certains n’ont pu que laisser leur esprit pourrir (Let your mind rot). Du néant d’une conscience sans croyance ni horizon, la seule vraie libération consistera en l’hérésie (The Heretic) et au rejet définitif de toute forme de dieu (Curse the gods).

Voilà le message que semble nous livrer Destruction au sein d’une collection de pièces autant hostiles que merveilleuses. The Antichrist rassemble donc les éléments d’un témoignage musical convaincant, articulé et éloquent. Par les justes et stridents cris de Shmier, les guitares techniques découpées par l’infernal Mike Sifringer, et la batterie efficace de Sven Vormann,
jamais violence et torture musicale n’auront été autant justifiés.

Cloués vous-mêmes sur la croix de The Antichrist, vous y partagerez une souffrance distinguée, objet d’une jouissance musicale faite de douleurs et de contorsions, de peur et d’abnégation, réservée aux seuls initiés capables d’en supporter les riches tonalités… Destruction et The Antichrist, vous corrompront…à jamais.

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