Au début d’une adolescence qui s’annonçait mouvementée, un moniteur de maison pour jeunes nous surnommait, moi et mon frère, « Les frères Karamazov »… pour les années à venir, donc, un intérêt pour cette oeuvre aura tranquillement germé en mon esprit.

Les frères Karamazov s’étale en 1500 pages et 12 « livres », chacun consacré à un personnage ou un aspect majeur de l’oeuvre gigantesque. À l’exemple du Jeu de perles et de verre d’Hermann Hesse, ce long roman restitue une synthèse ultime et définitive du travail de Dostoïevsky, qui considérait d’ailleurs Karamazov comme son chef-d’oeuvre.

Astre majeur de la littérature mondiale et témoin privilégié de l’âme russe,  Dostoïevsky a connu une grande rédemption lors d’un séjour de quatre ans au bagne, ceci à une époque d’instabilité européenne et de grands questionnements politiques.  Ces grands traits marquent l’oeuvre entière de l’auteur.
Bien que la traduction francophone pourrait semble-t-il être contestée, l’élocution de l’écrivain renferme des caractéristiques uniques relevant du génie absolu : le propos chargé, touffu, dont les cibles semblent aléatoires, esquisse comme par magie (presque à notre insu) un récit d’une rare limpidité. On y vit, l’espace de quelques dizaines de milliers de mots, en une délicieuse apnée. Plongé dans des mers de personnages d’une rare densité psychologique et d’événements suscitant d’eux-même l’attention, le récit conduit, à travers des lieux et des temps bien révolus, vers un pays universel : celui de l’âme humaine.  Les frères Karamazov nous laisse contempler une pléiade de caractères pris dans de graves questionnements existentiels : passions , croyances, déchirements et joies, débauche et sainteté. Par delà les mots, le tout prend vie, purement et simplement. Plusieurs passages méritent une considération spéciale et devraient être relus dont la fable du Grand inquisiteur et le discours d’un saint à la veille de sa mort. Ces sublimes paragraphes pourraient constituer à eux seuls de formiables ouvrages.

Par la juxtaposition de comportements sombres mais aussi lumineux, Karamazov prend l’allure d’une immense fresque, fondée sur une intrigue minimale. En gros, on y raconte la vie d’une famille marquée par les abus, l’ivrognerie et la bêtise d’un père négligent et voluptueux, d’où trois (peut-être quatre) frères évoluent tant bien que mal. Le 12e et dernier livre du roman (quelques 300 pages) est dédié au procès d’un faux parricide ; par des plaidoyers d’une grande éloquence, le théâtre reliant ces tristes existences prendra sa forme définitive. L’auteur à l’esprit expérimenté arrivera ainsi à tourmenter son lecteur pour l’ensevellir… jusqu’en les plus beaux abysses de l’être humain.

Je me le promets : tôt au tard, je lirai toutes ses oeuvres.

À suivre…

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