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C’est un face à face : ne te détourne pas.

ONE-TWO, ONE-TWO-THREE-FOUR!!!

…et débute un VRAI classique punk rock.
Dans les temps difficiles, lorsque seul au fin fond d’insondables torpeurs, tu crois ton existence vouée à la merde et l’échec, la musique t’épaulera. Prenez cet album comme exemple.
Fier destrier de l’écurie Fat Wreck Chords, Face to Face se distingue quelque peu du courant punk rock californien. Les Propagandhi, Lag Wagon, NOFX et No use for a name pointaient à peine leur nez qu’une rumeur déjà circulait. « Face to Face, c’est encore mieux!».

Au fait, connaissez-vous bien Face to Face? Ne vous fiez pas aux premières impressions : la musique vous semblera peut-être trop simple, jouée dans des rythmes trop lents (ou trop rapides?). Plusieurs se déçoivent de ne pas découvrir en Face to Face un autre émule de Bad Religion. Mais la qualité, la compétence et l’efficacité de Don’t Turn away convainquent les plus sceptiques. Au sud de nos frontières, le succès de cet album avait été tel à l’époque que le groupe signait ensuite un contrat avec A&M, une major du disque à grande distribution. Ainsi Face to Face devenait, aux côtés des Green Day et Offspring de l’époque, locomotive du renouveau punk commercial. Jamais Face to Face ne connaîtra le succès de ses cousins. Mais ça, c’est un autre histoire.

Auparavant, la famille Fat Wreck Chords, plus souterraine et plus authentique, aura permis la production d’un superbe Don’t turn away. Même si on croirait n’y entendre que des musiciens ordinaires : guitare et batterie banals, basse souvent inaudible, voix puissante mais très typée, les forces de Face to Face résident dans l’humble rigueur des musiciens, la coordination (lorsque les composantes renforcent l’efficacité de l’ensemble) et la synchronisation (visible live!), qualités toutes biens présentes sur l’album.

En des temps aussi sombres que fluorescents – 1992! – le bon ton en matière punk consistait à se regarder soi, son attitude et ses relations avant de reprocher quoi que ce soit à la société, ses politiques et son économie. La musique de Face to Face transpire de cet individualisme, dans lequel les revendications concernent avant tout la personne elle-même face à son humanité et ses expériences. Ainsi, sous des compositions d’une simplicité désarmante et l’enrobage d’une production rudimentaire reposent de sublimes introductions, des refrains obsédants, des riffs efficaces. Rarement n’a-t-on aussi bien jonglé avec les grincements frénétiques du punk rock.

Encore, les paroles de Don’t turn away donnent vraiment à réfléchir : sur soi, ses relations sociales, sa vie en général. Ici, l’auditeur qui plonge avec sincérité DOIT se remettre en question. Lorsque les musiciens n’ont rien à perdre, lorsque l’argent n’est pas l’enjeu principal, la négativité peut prendre des allures drôlement bénéfiques. Sur Don’t turn away, on expose la merde pour parvenir au meilleur.

Surtout, en une remarquable cohérence repose les principales qualités de Don’t turn away. Chacune de ces 37 minutes affirme une hargne acerbe, acrimonieuse juste, et toujours véritable.

Voici l’un des jalons incontournables de l’histoire du punk. Rien de moins. Aimez ou détestez mais jamais vous ne pourrez le contourner : Don’t turn away!


Courte revue des Pièces

You’ve done nothing : : Grande chanson! avec une telle entrée, on ne peut s’attendre qu’à quelque chose de grand.

I’m not afraid : Sur des bases simples reposent les meilleures relations….et les meilleures chansons.

Disconnected : Le single, un hit punk en soi, apparaît sur trois albums différents du groupe. Paroles marquantes, construction savante, refrain mémorable, un vrai classique. Faut juste pas abuser.

No authority : Non mais quel chef-d’oeuvre! L’une des meilleures intro jamais réalisées, chocs de réalité en paroles, musique enlevante. Que demander de plus?

I want : Les gens mentent, mais veulent la vérité. On veut des preuves mais on est aveugle. Nous sommes tous des hypocrites! oh oui…

You’ve got a problem : paru sur la compilation mythique Fat music for Fat people. Assez dit! Allez écouter ça!

Everything is Everything : Exemple de chanson à texte avec réflexion philosophique éloquente.

I’m trying : Repose sur un thème : l’ouverture d’esprit! Y’a des vies différentes de la tienne, apprends.

Pastel : Sommet d’intensité de l’album, paroxysme de rapidité et de qualité pour le groupe.

Nothing New :
Ici débute la fin d’album, en queue de poisson. À partir de cette chanson, la qualité des textes prime, la structure et la teneur des pièces contraignent à un effort de compréhension supplémentaire.

Walk Away : Fondée sur une répétion de termes, on en vient à une conclusion : part!

Do you care? : Comment imposer l’empathie? en posant la question : est-ce que tu t’en préoccupes?

1000x: Combien de choses n’aura-ton jamais la chance de voir? Le futur reste ouvert…

9,2/10