…Une écriture complexe, raffinée et pleine de non-dits, un texte qui se laisse lire dans la réflexion – tel un miroir – qui, de la plus banale des façons, renvoie aux vérités les plus pertinentes quant à l’aliénation et aux absurdités qui expliqueraient les comportements « civilisés ».

K…, engagé comme arpenteur dans un village reculé, découvre la lourdeur, et l’oppression intrinsèque d’une administration cachée, secrète, dont les fonctionnements et principes resteront nébuleux tout au long du roman.

Ce roman, publié de façon posthume, n’a jamais été terminé. Toutefois ce texte dépeint à merveille les folies derrière toute forme d’administration bureaucratique, pour lesquelles je suis moi-même un observateur de choix.

Sans qu’on s’y attarde, à coup de phrases étirées et de denses paragraphes, surviennent dans Le Château événements, coupures, incompréhensions, trahisons. D’un chapître à l’autre, le cas de K… se développe en déjouant nos appréhensions.  De mot en mot la situation du personnnage croît, jusqu’à ce que, furtivement, elle nous paraisse trop évidente,  caricaturale.  Auprès de ces paysages froids et intemporels  s’entremêlent des morceaux de relation sans aboutissements réels, sans début, sans fin. Ce texte,  par son ambiguïté lancinante, sa profondeur constante, ses jeux clair-obscur, ses personnages écorchés, reste l’un des plus envoûtants que j’aie lu. On y lit tel les plus éprouvés réfléchissent : en pensées éparses, souvent incontrôlées, sans limite structurelle ni plan véritable. Les phrases coulent telles des observations d’un univers mental aux prises avec un monologue intérieur sans fin. L’emprise de la complexité moderne n’aura jamais été mieux traduite.

Kafka : idôle des écrivains ratés. Meilleur poète administratif de l’Histoire.

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