Entendu récemment : peu n’osent défier leurs parents quant à l’influence et l’éducation octroyée; qui, les yeux dans les yeux, se permettent de confronter ceux-ci à leurs propre vérités.  Plus exceptionnels encore sont ceux qui menent leur vie entière de cette façon; affronter sa propre vérité demeure inusité, extraordinaire, difficile… Malgré ses incontestables lumières, la franchise dévoile souvent de violentes souffrances… Néanmoins, l’écriture dispense son auteur d’une voie autant directe que nuancée pour exposer un tel ordre de sincérité.

La célèbre lettre au père de Kafka, jamais remise ni publiée, renfermerait donc la clef ou l’explication ultime de toute l’oeuvre littéraire du plus névrosé des écrivains fonctionnaires. De par mes réalités présentes et passées, je me devais conséquemment de lire ce texte… avec une grande attention. Ces personnages de patrons inaccessibles, sombres, puissants, inatteignables, ces dirigeants malades terrés au coeur de bureaucraties absurdes, seraient tous directement inspirés de ce père trop fier, trop envahissant, de cet être qui par son excès de confiance, a écrasé jusqu’à l’irrémissible son propre fils.

Ce long texte (imaginez-vous écrire à votre père une lettre de 100 pages!) contient des phrases époustouflantes…émises par un homme défait, désormais incapable d’accéder à la vie adulte. Le paternel représente ici le mal d’une famille entière, de par la peur qu’il a imposée, ses maladives sautes d’humeurs, et autres inexpicables incongruïtés. Kafka rejette en grande partie les causes de sa lamentable condition sur l’éducation tordue de son père. Par son attitude névrosée et méprisante, l’homme trop décontracté a démoli  la vie de l’auteur.

Comme dans toute son oeuvre, les longs parapagraphes  de la lettre sont étalés en une écriture précise, complexe, subtile, tordue. Ces mots de maintes souffrances se consomment tels de délicats bonbons, agrémentant le lecteur en soif de nuances notoirement descritptives autant qu’abstraites. De la confusion et la souffrance naîtraient les plus beaux mots, semble-t-il.

Tous les parents (et tous ceux qui en ont) devraient lire ça.

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