Cet article poursuit la synthèse-résumé de l’essai King Warrior Magician Lover – Rediscovering the Archetypes Of The Mature Masculine. Le texte précédent introduisait au livre et décrivait les archétypes « enfants ». Les prochaines lignes complètent les descriptions d’une même façon.

Personnellement,  je considère les propos de ce livre si primordiaux, si nécessaires, que tout le contenu du livre a été repris pour ce très long article. J’espère ainsi susciter le goût de découvrir cette méthode méconnue mais ô combien rafraîchissante que constitue la psychanalyse jungienne, fondée en grande partie sur la notion d’archétype. Si un lecteur désirait une copie .pdf de ce livre, je lui ferais parvenir sans problème. (demande et tu recevras…!) Mais auparavant, lisez et réfléchissez bien aux mots choisis ci-dessous.

L’image explicative du livre

 

Le Roi
Compris de façon implicite dans les quatre archétypes, le Roi figure l’Homme primordial. Les personnages historiques et concepts qui suivent en illustre bien les caractéristiques : Salomon (le roi sage), Adam, la notion d’Anthropos, l’Âtman, l’Imago dei, Ptah, Yahvé, le logos, le Mandala.
L’archétype du roi incarne l’énergie fondamentale du père, dans des proportions amplifiées.

Monarque asbolu de la psyché humaine, le Roi occupe deux fonctions : ordonner (bénir) et fertiliser. Bien installé au trône du monde, hors de son champ d’attraction dérivent le vide, la non-création, le chaos et le mal sans substance (difficile à définir dans le cadre de ce résumé-synthèse).

Chaque mot du Roi détermine et organise la réalité. L’archétype est, par ses caractéristiques propres, un Mandala. Le Roi indique le Dharma, la mission, la loi. Sa majesté sépare l’ordre du chaos et de lui découle la fertilité.

Médiateur entre l’homme et dieu, sa bénédiction guérit et renforce pour unifier les troupes sous son ordre. Ses facultés stabilisent et calment les émotions chaotiques. Canal de vitalité, force de vie, joie, maintient, équilibre, la Roi, de nature, minimise la punition et maximise l’encouragement.

Son ombre excessive prend l’aspect du Tyran. C’est Hérode, Saul, Caligula. L’ombre du Roi hait, craint (sa propre faiblesse) et envie la naissance. Son action est destructrice plutôt que créatrice. Par sa peur, le Tyran commet des abus physiques et psychologiques. Lorsque l’individu est poussé au-delà de ses limites, éreinté, épuisé, l’ombre excessive en lui, le tyran, s’éveille.

Le faiblard (la mauviette)
Le faiblard se sent insignifiant si on ne l’associe pas au Roi. Sa paranoïa invite à la riposte. « Regardez comme je suis important! » clame-t-il, croyant possédant, par affiliation, les qualités du Roi.

Paradoxalement, l’individu accède au Roi en le distinguant de son Ego, tel les planètes par rapport au soleil. Servons le Roi en soi plutôt que le projeter en une personnalité, la sienne ou celle d’un autre.

Le Guerrier
L’archétype du Guerrier représente l’instinct et la combativité. En sa nature sommeille notre énergie cachée. Fortifiant, décisionnel, courageux, endurant, persévérant, loyal au delà du gain personnel, la Guerrier sert un idéal, une forme de vie supérieure (incarnée par le Roi). Les figures de Zoroastre, Yahvé, les guerriers empereurs romains exemplifient cet archétype dans l’histoire. Les amérindiens voyaient eux l’énergie du Guerrier dans la noblesse et le courage du chasseur. L’un des exemples les plus éloquents du Guerrier repose dans le symbole du Samuraï japonais, qui s’identifiait, de tout son être, par sa discipline et sa loyauté.
La motivation du Guerrier s’incarne dans des principes de vie totale. Le Do japonais, le Dharma, le Tao, le Ma’at correspondent à cette force. Là même où le Guerrier puise son agressivité, sa ruse. La force en question l’énergise, le motive.

Le Guerrier saute dans la bataille et avance en une seule direction : droit devant. Sa pensée limpide lui apporte discernement, éveil et vivacité. Sa concentration se fait corps et âme. Le Guerrier élabore tactiques et stratégies et évalue de façon réaliste, contrairement au Héros (archétype enfant), ses limites et capacités. Dans l’escrime verbal, le Guerrier conteste les déclarations et voit les arguments. Conscient de sa propre mort, toujours imminente, cet archétype insuffle le goût de l’entraînement pour développer l’adresse, la puissance, la précision, le contrôle. Or son implication transpersonnelle marginalise les relations personnelles. Ces Guerrier spirituels pratiquent le détachement émotionnel, savent détruire pour créer et construire de nouvelles voies.

Son ombre, excessive et insuffisante, se décrit par le couple sadique/masochiste. Le sadique, excessif, affiche sa rage sans gêne. Cet être archétypal abuse de lui-même et des autres. On en retrouve des exemples dans le tueur à gages (qui tue sans passion), le workaholic (dépendant de sa passion). Les femmes ont été victimes de lui dans sa forme ombrageuse excessive, lorsque l’ombre excessive du Guerrier refait surface sous la forme de violence émotionnelle et physique.

À l’opposé, le masochiste se voit lui-même dépourvu de pouvoir. Cette parodie de guerrier  permet aux autres de le pousser où bon leur semble. Lorsqu’on ne sait comment quitter une relation impossible, qu’on supporte un emploi frustrant, qu’on rêve sans agir, l’aspect Guerrier de l’individu est pris dans son aspect le plus insuffisant, dans le symbole du masochiste.

Le Magicien
Le shaman, le guérisseur, les sorciers et sorcières médecins, les brujos brésiliens, inventeurs, scientifiques, docteurs, avocats et techniciens exemplifient à merveille la nature du Magicien. L’archétype du Magicien incarne le maître de savoir et des technologies; voici le doyen qui initie et procède au rituel pour diriger la transformation indidividuelle. Par sa connaissance des secrets et savoirs cachés, le Magicien contient et canalise le pouvoir. L’alchimie, cette quête d’une science secrète et méconnue, accroie chez le Magicien perspicacité et conscience de soi. Ainsi le maître du savoir et de la technologie connaît les caractéristiques de la transformation personnelle. En résumé, le Magicien applique connaissances et technologies pour disposer du pouvoir existant.

Son aspect ombrageux excessif s’incarne dans le manipulateur. Le manipulateur, dans un cynique détachement de l’humanité, emploie les technologies pour manoeuvrer les gens à sa guise.

Les archétypes, admis dans un ensemble, poussent à une convergence de forces vers la maturité; ensemble ces symboles donnent des indications à l’Ego pour lui permettre de prendre des décisions. Or à travers ce labyrinthe de méandres inextricables que connaît trop bien l’ombre excessive du magicien, le manipulateur confond ses comparses. En sus, parfait coupeur de cheveux en quatre, le manipulateur regrette son existence stérile. Voici celui qui « pense trop ». Si jamais le magicien excessif ne partageait sa connaissance, l’individu prisonnier de son influence restera seul et isolé.

Le côté insuffisant du Magicien s’incarne dans l’innocent. L’Innocent connaît tout juste ce qu’il faut pour dérailler ceux qui produisent les véritables efforts. L’Innocent cache les vérités et se détache de la connaissance. Cet aspect ombrageux de l’archétype provient de l’envie. L’individu convoite la science de ces gens qui agissent, vivent et partagent leur réellement connaissance.

L’Amoureux
L’archétype de l’Amoureux se manifeste dans la sensibilité et la symbiose totale à l’environnement. L’Amoureux s’unit à toute chose et tout être vivant. À travers ses sentiments, l’Amoureux contrecarre la loi et l’ordre. Le mot-palindrome AMOR(passion) et ROMA(loi et ordre) révèle à merveille cette opposition, car toutes les religions détestent les caractéristiques portées par l’Archétype de l’Amoureux. Tarzan et sa relation symbiotique à la nature, l’artiste et son atelier, exemplifient la nature de cet archétype.

L’Amoureux est un artiste, sensitif, sensuel, intempestif, désordonné, au tempérament en montagnes russes (hauts et bas). Ses capacités psychiques lui octroient de profondes intuitions. L’Amoureux a conscience des vibrations des mondes invisibles. L’Amoureux prend donc aussi forme dans le caractère du connaisseur…de celui qui connaît les gens, des groupes de musique, les livres et  n’importe quelle des choses de ce monde.

L’Amoureux se sent connecté, vivant, enthousiaste et vit de compassion et d’empathie. Le caractère énergétique de l’amoureux le rend romantique envers ses buts, son monde et ses réalisations. Spirituel et source fondamentale de toute forme de mysticisme, l’amoureux rêve, idéalise, aime et humanise.

Tandis que le Roi définit les limites et encadre, tandis que le Guerrier agit et « coupe dans le gras », quele magicien procure la connaissance des rites, l’Amoureux détruit les temples dorés. L’Amoureux évite les émotions pièges et les reflète tel un miroir. Sa perspective demeure objective, panoramique, rattachées à l’expérience des réalités cachées.

Son ombre excessive se trouve chez l’accro (dépendant). Dans sa perdition et la solitude, l’accro subit la dévastation émotionnelle totale. L’accro succombe aux flatteries des femmes et reste victime d’une sensibilité démesurée. Van Gogh et Don Juan incarnent, chacun à leur façon, ses défauts. Esclave de son destin, perdu dans ses sens, le dépendant n’arrive pas à se détacher ni à mémoriser. La dépendance au tabac donne un exemple parfait de sa toute-puissance : même à l’orée de sa mort, le fumeur décidé demeurera dépendant dépendant à la cigarette. Le dépendant apprécie par dessus tout le plaisir du moment et les pêchés de sensualité. Piégé par maya – la danse des illusions – l’accro parcoure un éternel cycle de plaisir et de douleur, cherchant à perpétuité quelque chose d’insaisissable. En fait, l’accro poursuit la chimère de l’orgasme constant. Cet archétype correspond à une possession complète de la psyché de l’individu par l’inconscient.
Par dessus tout, l’individu aux prises avec le côté excessif de l’amoureux a besoin de distance et de détachement.

L’aspect insuffisant de l’Amoureux prend la forme de l’impotent. Insensible, stérile, plat, sa déconnexion d’avec les autres (et de lui-même) le rend inactif et le conduit à une dissociation globale. À l’égal de chaque couple excessif-insuffisant derrière les autres archétypes, le côté excessif nourrit l’insuffisance ombrageuse d’un archétype. Dans ce cas, l’amoureux-accro « guérit » la déconnexion de l’Impotent par l’octroi de substances bénéfiques.

À la lumière de ce résumé-synthèse, à la lumière des nombreux éclaircissements que procure l’étude des archétypes, voici quelques décrets affirmés en fin d’ouvrage par l’auteur; afin de stimuler notre évolution personnelle et individuelle :

Projetons le roi intérieur

Activons l’énergie du Guerrier

Éveillons la maîtrise du Magicien

Célébrons par la culture de l’amoureux.

Techniques
En guise de conclusion à cet ouvrage riche d’une rare profondeur, l’auteur propose quelques techniques d’auto-évaluation critique. Avant tout, la clé de ce regard sur soi repose dans l’humilité : leur étude nous donne assez pour connaître ses propres limites mais aussi aller chercher de l’aide si nécessaire.

Dans cet ordre d’idées, l’étude des archétypes devrait susciter en nous les questionnements suivant : Comment (plutôt que « est-ce que ») les ombres se manifestent dans nos vies? Comment les archétypes se manifestent-ils dans notre existence? de quelle façon faisons-nous vivre ces aspects archétypals? De quelle façon bloquons-nous l’archétype idéal si nous ne le ressentons pas vivre en nous?

Dans un deuxième temps, le psychanalyste suggère la visualisation afin d’activer l’imagination par un dialogue intérieur dans lequel Les archétypes et entités ombrageuses,  s’échange leurs points de vue, jusqu’alors inconscients. Ce processus conduira à de profonds résultats par l’écrit. Toujours Les deux pôles ombrageux interviendront à souhait et l’individu en sondage devra même leur porter une attention spéciale. Tous, peu importe leur nature ombrageuse ou lumineuse, incarnent de précieuses aides intérieures et méritent d’être honorés et pris au sérieux.

Enfin, l’individu peut invoquer (par simple prise de conscience) les formes positives des archétypes. Les archétypes s’interpèlent par l’entremise de symboles.

Ainsi l’on accède aux archétypes, ainsi l’on accède aux dieux.

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