Ce texte, écrit dans le cadre du projet Chair de Béton, accompagne L’Imogridage.

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Sans membres ni muscles, les lambeaux du visage à peine visible, l’Imogridage s’entortille en un réseau d’échafauds et d’armatures. Sous son regard sans âme, sans pupille, avili, fatigué, l’Imogridage grince des dents, écorché d’incessants tracas.

Entre mailles de fonte et tuyaux de carbone, rouilles et fissures transpercent une peau noircie, flétrie. En décoloration, les morceaux éparses d’un visage en pelure d’oignons exposent les proéminences de cartilages réduits en fibres, indices d’un organisme vulnérable. L’Imogridage a beau s’emmitoufler de sulfates ferreux, de zinc et de cuivre, sur lui tumeurs vasculaires et infections s’agrègent en nœuds, granulomes et autres cellules en alvéoles.

Dans une souffrance perpétuelle, l’Imogridage ne perçoit pas le passage du temps. Malgré son ossature ramollie, ses nerfs muselés, la plante de métal se maintien par les tronçons de son corps aux grilles et charpente immobiles.

Avec son torse où s’entremêlent cloisons, torsades et entrailles, l’Imogridage se cramponne à des dizaines de tuteurs, qui lui assurent une frêle stabilité. Mais, enraciné au tapis du sol, inerte, paralysé, l’Imogridage n’arrive qu’à s’imaginer ailleurs.

« Et si… je parvenais à me déplacer et changer de situation? Si l’arbre de métal et d’organes que je suis perdait son corps, ses tiges, ses branches, sa structure d’acier? Est-ce que toujours ma douce peau de soie se parerait de rouge, de rouille et de noir?

Peut-être n’aie-je d’autre destin que de bourgeonner et fleurir… tel que je suis…

Puis-je vraiment aller de l’avant?
En bon végétal, la simple joie d’exister – cette énigmatique béatitude – m’assurerait une existence simple. MAis je ne peux renier cette sensation de séquestration qu’émettent chaque fibres de mon corps.

Oxygéner, respirer, inspirer, nourrir.
De mes ligaments ne subsiste qu’un dessein, de ma chair une raison d’être, de ma sueur, un remède. Opprimé, taillé, assujetti, je me rends esclave, monstre de foire, oeuvre d’art.

Entre valeurs vaseuses, messages nébuleux et paroles de brumes, d’espoirs vains je donne les fruits. Entre mes noeuds d’entrailles et les intraversables carrefours de mon corps, dans l’immobilité j’agis. »

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