61infcvvIVL_event_mainOn ne présente plus Ministry. Ses morceaux d’une violence aussi extrême que précise, appliquée à coup de sons électroniques, batteries programmées et guitares thrash hantent encore la mémoire de la musique moderne.

Évoquant les plus sombres aspects de la société américaine avec cynisme et ironie, provocant, , irrévérencieux, parfois injurieux, le groupe à traversé plusieurs périodes distinctes en gardant le même ton. Du new wave des années 80 aux explorations industrielles avec incursions d’éléments thrash jusqu’à l’élaboration d’une trilogie anti-Bush au cours de années 2000, la plupart des mélomanes retiendront surtout les trois albums fin-80 début 90, dont l’incontournable Psalm 69.

From Beer to Eternity est dédié à Mike Scaccia, guitariste émérite du groupe, décédé trois jours après les sessions d’enregistrement pour l’album, menées en décembre 2012. Sa mort signifie probablement la fin de la carrière de Ministry. Même si la formation est surtout l’affaire d’Al Jourgensen, le groupe peut difficilement continuer sans l’apport de cet excellent guitariste thrash, qui était aussi membre de Rigor Mortis (excellent groupe de thrash metal old school).

Si ce 13e album représente une épitaphe, Ministry nous quitte la tête haute. From Beer to Eternity, bien que typique du groupe, s’avère d’une qualité indéniable. L’expérience aidant, l’album semble synthétiser les jalons de trente ans de carrière, tout en offrant un matériel original et captivant. En regard du parcours musical des pièces de l’album, From Beer to Eternity s’écoute tel un album-concept tant la cohésion et la logique de la progression musicale conforte l’auditeur. Après une entrée en matière lente et répétitive, la première moitié du disque comporte son lot de solos intrigants, de rythmes endiablés, d’accès de colère, de lourdeur et de bourrasques sonores. Les Punch in the face, Permawar, Perfect storm et Fairly Unbalanced contiennent exactement ce qu’attendent les fans du groupe : une ambiance industrielle avec sons métal et électroniques relevée d’échantillons à saveur politique, mettant en évidence la vulgarité de présidents et sénateur soi-disant corrompus. Le crescendo d’intensité qu’offre l’album trouve son paroxysme dans Side Fx include Mickey`s Middle Finger (TV4), pièce de résistance qui à elle seule vaut l’achat de l’album. Cette bouillabaisse d’une frénésie agressive ultra-violente conduit à un pur délire schizoïde où effets sonores et répétions avilissantes évoquent les pernicieuses inductions d’un environnement mental abrutissant. Médias biaisés, discours politiques infantilisants et obsessions suicidaires s’y amalgament en un formidable manège. Pur chef d’œuvre. La deuxième moitié de l’album laisse place à des pièces plus accessibles dans leur approche mais néanmoins fidèles à l’esprit caustique de Ministry. On y entend même le récital en musique d’un poème de William S. Burroughs (auteur américain célèbre : Naked Lunch) remerciant le gouvernement américain pour les aspects honteux de son pays. L’album se termine avec une étrangeté instrumentale fusionnant le son d’une chute d’eau et le « white noise » d’un téléviseur. Conclusion déroutante mais juste assez courte pour demeurer agréable.

En somme, chaque voix en boucle, guitares distordue, rythme syncopé et volute de basse trouve sa juste place sur From Beer to Eternity. La voix grave et rugueuse, traitée électroniquement, de Jourgensen demeure imposante et redoutable. Le talent du guitariste mort (Scaccia) y trouve ses meilleurs applications : solos déchaînés et riffs lourds y martèlent, cisaillent et arrachent sans retenue. L’ambiance demeure sombre, la sauce bien relevée. Les fans de Ministry retrouveront le groupe à son meilleur, ou presque. Vu les pièces de remplissages (The horror, Lesson Unlearned), vu l’Aspect trivial d’une telle collection de pièces en 2013, on ne peut pas vraiment qualifier le dernier album de Ministry de classique ou d’indispensable. En revanche, toux ceux qui ont connu les Psalm 69 et Mind is a terrible thing to taste se régaleront de cette nouveauté quelque peu nostalgique. From Beer to Eternity est dédié aux fans mais aussi aux mélomanes curieux et amateurs de bruits disjonctés.

 

8,5/10