J’ai d’abord découvert l’existence de Moondog dans la revue The Escapologist. Un article complet y relatait l’apport de cette personnalité américaine du 20e siècle, aujourd’hui considérée comme un pilier de la contre-culture moderne.

Quasi auto-biographie, Louis Thomas Hardin (Moondog) a participé lui-même à l’ouvrage par l’apport de faits, anecdotes et récits de vie transmis vers la fin de son existence à Robert Scotto, auteur responsable de l’ouvrage. Né aux États-Unis en 1916 et mort en Allemagne en 1999, Moondog a poursuivi de rigoureuses études de musique classique, réussi à bâtir son propre système musical, a eu l’adace de se rebaptiser lui-même et de porter une cape et un casque de viking (inspirés par le dieu nordique Thor). Dans une cécité complète, cet excentrique a réussi à se concevoir une identité solide, singulière, originale et unique. La totalité du livre est donc découpée selon les grandes étapes de la vie du musicien compositeur hors-norme.

Le livre contient aussi un disque avec 25 pièces musicales contenant autant de réjouissantes harmonies, de rythmes inusités que des chœurs simples mais enchanteurs. Sa musique, sous des allures de simplicité, cache de riches et surprenantes harmonies. Le disque ne représente toutefois qu’une partie infime de l’œuvre totale de Moondog.

L’enfance du jeune Louis a été marquée par la misère familiale et les déménagements multiples. Élevé par un père curé protestant anti-traditionnaliste libre-penseur et une mère musicienne, le futur Moondog aura été, dès le plus jeune âge, guidé hors des ornières de la normalité. Toutefois, un événement scellera la destinée du déraciné : l’explosion au visage d’un bâton de dynamite le rendra, pour le restant de ses jours, aveugle.

Boursier en musique peu à peu délaissé par sa famille, le jeune M. Hardin suivra des études au conservatoire de musique de Memphis. Parti ensuite à New York, c’est après de multiples tribulations (dont un court passage dans l’orchestre philharmonique de New York) qu’il commence à jouer, de 1949 à 1959, dans les rues de New York. Moondog y acquerra ses lettres de noblesse, trouvera l’opportunité d’enregistrer ses premiers albums et de jouer avec les plus grandes légendes du jazz, dont Charlie Parker. Dans les rues de la grosse pomme, Moondog connaîtra le célébrité mais aussi le rejet et la fluctuation des modes nord-américaines. Heureusement, c’est en quittant définitivement l’Amérique pour s’installer en Allemagne que le musicien aveugle obtiendra à la fin de sa vie reconnaissance, triomphe et gloire ultimes. Après une longue vie de souffrances et misères, mais aussi d’acharnement, de recherche et d’obstination, jamais la cécité n’aura empêché Moondog de se consacrer – entièrement – à la musique.

Surnommé Le Vicking de la 6e avenue, Moondog a su se réappproprier les symboles d’un imaginaire mystique autrefois occulté par les sociétés, politiques et grande religions de l’histoire occidentale. Isolé dans la pénombre de son handicap, empreint de convictions récoltées dans l’adversité et d’inimaginables contrariétés, Moondog a accomplit le miracle de redécouvrir une tradition perdue, sise au delà des rites particuliers des peuples et cultures du monde. D’une intelligence et d’une persévérance extrêmes, cet itinérant mérite admiration et mémoire pour son nom.

L’exemple d’une telle destinée restera pour beaucoup source d’inspiration majeure. Le souvenir d’une telle personnalité, acharnée à ne pas subir une invivable normalité, fournira un exemple à tous les marginaux, handicapés, éclopés de ce monde. Que la conviction des obstinés et chercheurs de l’ombre demeurent, car eux seuls fourniront les lumières de demain… Souvenez-vous de Moondog!

Notice sur Amazon

Leave Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

clear formSubmit