Formation américaine de l’État de Virginie, Municipal Waste (MW) livre depuis 2001 un thrash/crossover de catégorie A, sans concession dans leur approche et la violence de leurs musiques. Inspiré des S.O.D., D.R.I., Nuclear Assault et autres Suicidal Tendencies, ce groupe tient aujourd’hui le flambeau du Crossover, née dans la deuxième moitié des années 80 d’un équilibre entre la hargne du punk et la technicité du metal.

Avec The Fatal Feast, MW ne déroge pas d’une formule efficace et éprouvée. Après un Massive Aggressive (4e album) plus lent et sérieux qu’à l’accoutumée, le groupe revient quelque peu aux sources avec leur cinquième album. Par une savante simplification old school, dédiée avant tout aux fans des groupes mentionnés plus haut, MW n’hésite pas à sacrifier toute forme d’originalité au privilège d’une puissante efficacité. Toutefois, MW refait et raffine sans cesse son produit musical, sans pourtant atteindre les sommets peut-être inégalables de Hazardous Mutation (2e album). Suivant cette méthode, The Fatal Feast jaillit de musiciens professionnels et accomplis, toujours sensibles aux besoins disjonctés de leur foireuse clientèle.

Autrement dit, The Fatal Feast propose des pièces à la fois accrocheuses mais surtout rapides à l’extrême. C’en est parfois étourdissant, même pour l’amateur de sonorités hyperactives. En même temps, la maîtrise de cette frénésie ne fait aucun doute. Faut comprendre que depuis quatre albums, la même équipe de musiciens compose MW. Du fait, les 16 pièces sur the Fatal feast s’enchaînent les unes aux autres avec grande fluidité. À l’avant-plan, la voix éreinté, hargneuse, nonchalante de Tony Foresta ne déroge pas de son allant coutumier. Ceci accompagne les riffs convenus et mitraillés de Ryan Waste à la guitare. À l’arrière, la basse ingénieuse de Landphil et la batterie déchaînée de Dave Witte (amortie dans le mix) supportent à merveille les pièces, toujours exécutées avec brio et précision. N’oublions pas l’apport intéressant d’invités spéciaux sur l’album : Tim Barry de Avail (un groupe Punk rock!) sur ‘Standards and Practices’, John Connelly de Nuclear Assault sur The Fatal Feast et Steve Moore de Zombi pour son introduction aux claviers.

Avec The Fatal Feast, MW nous convie encore une fois à une parfaite musique de débauche, calibrant avec justesse énergie et riffs ciselants. Amusant, agressif, The Fatal Feast représente un festin d’ailleurs plus accomodant que catastrophique. Néanmoins, sous le couvert de thèmes anodins, humoristiques et apparamment puérils, MW traite d’anarchisme, d’anti-psychiatrie et de manipulations économiques. En ce sens, bien que l’impact de sa formule sadique et magique se soit étiolé avec les années, les actuels rois du crossover ont su livrer un album d’une qualité indéniable, fidèle en tous points aux racines de leur niche. De ce festin au goût déjà-vu, les fans se régaleront. Les autres, à l’écoute de ce produit prémâché, régurgiteront.

8/10

tel que publié sur Capitale du Metal

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