La mort récente de Tony Sly (31 juillet 2012), chanteur-guitariste et responsable de No Use For a Name (NUFAN), marque la fin d’une époque. Comme NUFAN a été le troisème groupe signé sur l’étiquette Fat Wreck Chords (après Lag Wagon et Propagandhi), c’est l’un des pères fondateurs du punk rock californien qui vient de disparaître. Si on oublie les derniers albums, d’un punk pop sirupeux pour moi inécoutable, NUFAN conservera une place au panthéon du punk. Encore 20 ans plus tard, les premiers enregistrements du groupe se démarquent par leur puissance crue, leur indéniable authenticité, leur verve juste et efficace.  Le EP The Daily Grind représente tout ça à merveille : voici non seulement l’apogée musicale du groupe mais aussi l’un des épicentres du deuxième grand séisme punk rock de l’histoire de la musique.

Fondateurs du son typique punk rock californien, Bad Religion, NoFX, Pennywise ont ouvert une voie désormais incontournable. Creusant davantage ce sillon musical, NUFAN a su reprendre, à son avantage, les formules de la même recette gagnante : une musique directe crue et énergique, sans flagornerie ni vedettariat, fabriquée avec passion et justesse. Suivant ce principe, les 8 chansons du mini-album rejailliraient bientôt en plein coeur de l’underground musical.  Les Until its gone, Bio Mag, Countdown de The Daily Grind convertissaient peu à peu les ados au punk rock par leur incroyable efficacité musicale. Ainsi, dès 1993, l’écume des vagues d’un tsunami à venir scintillaient déjà : par refrains mémorables, couplets saisissants et riffs ingénieux, ces fils spirituels de Bad Religion prenaient maturité, agilité confiance et poids. Rappelez-vous, à cette époque, Smash et Dookie n’avaient pas encore vu le jour.

2 ans ont passé entre The Daily Grind et !Leche con carne! (publiés respectivement en 1993 et 1995). Le long-jeu au titre espagnol connaîtra aussi un succès monstre. Or parallèment, au cours des mêmes années (silencieuses pour NUFAN en matière de production d’albums), la popularité du punk rock explosait. Tous ceux qui y étaient se souviendront de l’an 1994, année punk rock par excellence. Les tympans crépitèrent alors de multiples et intenses déflagrations. À l’exemple parfait de la musique de The Daily Grind, enfin devenait accessible une musique sans poseur, ni bullshit, ni flaflas, ni etc. Par des chansons arrangées simplement pour être aimées et chantées, par des solos courts, touchants et accrocheurs, par des paroles explicites, directes et  intelligentes. Enfin la musique venue des tripes faisait pâlir la virtuosité égocentrique, les culottes de cuir serrées, les attitudes d’enfant gâté de la grande scène. Pour nous, nouveaux aficionados et convertis du punk rock californien de l’époque, ce son enlevant, intense, trop rapide pour beaucoup, devint remède vital contre un monde obscurci d’enflures et de sordides effets de mode. À cet égard, la sobriété et l’authenticité terre à terre de NUFAN s’imposait, dans ses paroles autant que dans son attitude en spectacle.

Lorsque la publication d’un album atteint un grand succès sans raison apparemment valable, n’achetez surtout pas cet album! Plutôt, essayez l’album précédent. La valeur artistique d’un (ou plusieurs) disques explique souvent le succès commercial des enregistrements suivants. Dans la vaste univers de la musique, certains disques font office de véritable Graal du son, grâce à un alignement de planètes qui, souvent, jamais ne se répètera, pas même par l’auteur de l’œuvre. The Daily Grind est cet album d’avant, cette explication d’un triomphe soi-disant inexplicable, ce Graal d’un style à découvrir.

Par sa réalisation basique et de solides enchaînements, dans une construction sans faille quoique abrégée, The Daily Grind a très bien vieilli et demeurera un phare dans la sphère punk rock. Tous ceux à la recherche de musiques agressives, enlevantes et mélodiques, tous les mélomanes ouverts et jeunes fous avides de carburant pour déclencher la combustion de leurs esprits : découvrez écoutez et savourez The Daily Grind. À jamais ces grafignes quotidiennes vous érafleront les nerfs et, comme Tony Sly, vous ne cicatriserez pas!

1. Until It’s Gone
Intro metal trop simple  pour un métalleux mais parfaite pour un punk rocker; le ton est donné!
Paroles environnementales… jusqu’à ce qu’elle parte.

2. Old What’s His Name     
Enchaînement qui tue! Histoire d’une dérive et spectre d’une angoisse sociale collective : l’homme salarié devient un clochard.

3. Permanent Rust
Cette pièce illustre l’une des nouvelles préoccupations du punk rock des années 90 : les relations interpersonnelles. Le gars pleure l’absence d’une fille (trop) légère pour son équilibre affectif.

4. Biomag         
Chanson de la mascotte du groupe! Relate le mode de vie punk rock de l’époque! Joyeux et entraînant ce Bio-mag!

5. Countdown         
Pièce centrale d’une rare solidité. Chef d’œuvre de parole près du folk mais ô combien touchant. À écouter et réécouter. Cette chanson devrait être plus célèbre que My Heart will go on.

6. Hazardous to Yourself   
L’auteur de ces paroles est mort (trop) jeune. En gros ça dit, vivez votre vie à fond et oubliez les chroniques de santé des magazines ou les règlements conçus « pour notre santé ». Tout est risqué pour la santé.

7. The Daily Grind
Relate un journal fictif et ses informations dramatiques et quotidiennes quant au sort de nombreux humains; le tout mis en parallèle avec la ville où habite le parolier. Puis-je me plaindre de la faim dans le monde si je suis « du bon côté »?

8. Feeding the Fire
Attention! cette chanson cause des incendies (graves)!  …plus jamais je n’entretiendrai cette machine , plus jamais je ne nourrirai le feu!

Temps total : 21:55
Note : 9/10 (trop court pour la perfection!)
Achetez-le. Là!

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